Le secteur de la lunetterie se renouvelle en misant sur un détail : le mécanisme de fermeture.
di Mattia Tresoldi
30 janvier 2026


Credit: Lindberg
Il existe des inventions dont le design est resté pratiquement inchangé au fil des années, voire des siècles. Des objets dans lesquels la superposition entre fonctionnalité, ergonomie et simplicité de fabrication a atteint un niveau d’aboutissement tel qu’il est difficile d’imaginer une véritable révolution. Les lunettes pourraient également entrer dans cette catégorie : leur structure fondamentale — deux verres, un pont et deux branches — est restée inchangée depuis le XVIIIᵉ siècle, et ces dernières années, les innovations se sont concentrées non pas tant sur la structure de l’objet que sur les matériaux et l’intégration de la réalité augmentée. Le bioacétate remplace progressivement l’acétate traditionnel grâce à son degré de biodégradabilité plus élevé, tandis que le lancement des Ray-Ban x Meta par Luxottica a ouvert la voie aux lunettes hyperconnectées. Une révolution qui concernera bientôt également la lunetterie Prada, comme annoncé lors de l’événement de présentation, avec un design capable de rendre la présence du hardware encore plus discrète, presque invisible.
Les nouveautés des collections Printemps/Été 2026 semblent toutefois aller dans une autre direction : non pas vers une quête d’innovation high-tech, mais vers une innovation du mécanisme de fermeture des lunettes, avec des montures qui dépassent la classique charnière latérale que nous portons au quotidien. Parmi les exemples les plus intéressants figurent ceux des maisons du groupe Kering. Balenciaga présente les « Racer », des lunettes de soleil à monture cat-eye dotées de charnières capables de pivoter sur elles-mêmes à 180 degrés. Les branches peuvent se replier vers les verres dans les deux sens, rendant les lunettes plus compactes et plus faciles à transporter. Bottega Veneta explore également de nouvelles manières de relier les branches aux montures, avec des verres présentant un trou latéral parfaitement façonné, pensé comme un point d’ancrage pour le nœud doré. Les verres accueillent ainsi le nœud comme s’il était passé à travers eux, transformant un détail iconique de la marque en un composant mécanique.
C’est toutefois dans l’univers de la lunetterie optique haut de gamme que cette recherche de solutions innovantes atteint son expression la plus radicale. Lindberg, marque danoise historique acquise par Kering en 2021, travaille avec du titane superléger de grade médical, hypoallergénique, pour réaliser des lunettes sans vis ni rivets entre la monture et les branches, grâce à différents systèmes brevetés, à spirale ou à blocage. Le résultat est un objet au design ultra-minimaliste qui élimine totalement la nécessité d’une maintenance périodique. L’approche productive de l’entreprise est également extrêmement contemporaine, suivant le principe du on-demand : afin de réduire au minimum les stocks et de limiter le gaspillage, Lindberg produit les composants séparément et assemble les lunettes uniquement au moment de la commande. Cette approche agile garantit une gestion efficace des stocks et permet de créer des montures optiques sur mesure et personnalisées.
L’italien Marcolin suit lui aussi la voie des montures « sans couture » avec la marque ic! berlin. Caractérisées par une charnière propriétaire sans vis, rivets ni colle, ces lunettes reposent sur un système de trois fines bandes de métal qui s’emboîtent les unes dans les autres, avec une esthétique extrêmement épurée devenue la signature de la marque. Dans un secteur crucial pour le Made in Italy, historiquement situé au carrefour entre mode et exigences fonctionnelles, la saison Printemps/Été 2026 révèle ainsi une nouvelle vitalité d’ingénierie : une impulsion créative qui ne vise pas à transformer la forme archétypale de la lunette, mais sa mécanique. Parfois, innover signifie intervenir sur un détail minime, presque invisible. Retirer une vis peut sembler un geste insignifiant. Pourtant, dans un secteur fondé sur la précision, les micro-composants et l’usage quotidien, cela pourrait s’avérer être une petite grande révolution destinée à changer la manière dont nous percevrons les lunettes à l’avenir.